DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS...

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DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS...

Message par blues53 le Sam 28 Aoû 2010 - 0:28

DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS, A LA REALISATION DU REVE DE KING PAR OBAMA !!!


Dans le reste du continent américain, c’est aux Etats-Unis, «pays le plus démocratique du monde», que paradoxalement les déportés africains auront la plus longue marche vers la liberté. Leurs luttes et révoltes - pour certains d'entre eux -, continuent jusqu'à nos jours. A l'inverse du Brésil ou de certaines îles de la Caraïbe, les révoltes d'esclaves n'ont pas été nombreuses aux Etats-Unis. Dans ce pays, les Noirs ont toujours été inférieurs en nombre aux Blancs américains. La formation de familles d'esclaves relativement stabilisées, a favorisé la croissance naturelle et la socialisation de la population noire, surtout dans les Etats du Sud. Il y eut cependant, une résistance passive. Beaucoup de cuisiniers crachaient dans la soupe qu’ils servaient aux maîtres. Mais il y eut aussi des révoltes sanglantes comme celle du 9 septembre 1739 dans la localité de Stono à une trentaine de kilomètres de Charleston. Après avoir mis à sac un dépôt d’armes, des esclaves sur le sentier de la guerre vont mettre le feu à toutes les maisons des villages environnants qu’ils traverseront. Ils vont tuer les habitants pour récupérer des armes. Les révoltés continueront leur marche en saccageant tout sur leur passage. Seule l'intervention d'une milice levée par l'Etat, devait mettre fin à cette révolte sanglante.

Le 30 août 1800 dans le comté de Henrico en Virginie, Gabriel Prosser(forgeron), et Jack Bowler prendront la tête d'une insurrection d’esclaves contre les maîtres. Les pluies torrentielles avaient emporté le principal pont qui menait à la ville de Richemond. Il fallut que le gouverneur Monroe mobilise des centaines de soldats et une importante milice pour empêcher les esclaves, armés de gourdins et d'épées, de prendre d'assaut la ville. La répression qui s'en suivit, verra l'exécution de 35 révoltés ainsi que des meneurs. Devant le tribunal qui le jugeait, Prosser chef de l'insurrection déclara à ses juges:

«Je n'ai rien de plus à dire que ce qu'aurait dit le général Washington s'il avait été arrêté par les officiers britanniques et jugé par eux. J'ai risqué ma vie en tentant d'obtenir la liberté pour mes compatriotes et je suis prêt à me sacrifier pour leur cause. Je demande la faveur d'être exécuté immédiatement. Je sais que vous avez décidé de verser mon sang, alors pourquoi cette parodie de justice?.»


Cependant, l'une des révoltes les plus audacieuses des Africains déportés dans le Nouveau Monde, restera la mutinerie de «l'Amistad» en [b]1839. [/b]Ce bateau espagnol avait pour mission de transporter des esclaves de Cuba vers l'île de Principe. Tshinké, Un captif de sang royal, fomenta une mutinerie à bord et prit le commandement. Les révoltés tuèrent le capitaine et ses officiers pour prendre la direction du bateau. Ils laisseront la vie sauve aux matelots qu'ils débarqueront avant de faire cap sur les côtes africaines.

La malchance voulut qu'ils soient arraisonnés, arrêtés et ramenés aux Etats-Unis. A leur procès devant la haute cour de justice, ils seront soutenus par des mouvements abolitionnistes et défendus par un brillant avocat, John Quincy Adams, qui obtiendra leur acquittement au bout de 8 heures de plaidoirie. Dès 1815 des esclaves affranchis et des Blancs libéraux mettront en place un dispositif appelé «Le chemin de fer souterrain» pour permettre aux esclaves du Sud de gagner les Etats du Nord où l’esclavage était déjà aboli. En 1860, l’élection de Abraham Lincoln, avec l’émancipation des Noirs, va déclencher la guerre de sécession. La plupart des Noirs valides ont immédiatement manifesté leur désir de se battre. Une grande dame combattante pour la liberté de ses frères noirs, Harriet Tubman, - Qui à elle seule avait réussi à faire passer 300 esclaves au Nord au cours de 19 voyages -, dira de Lincoln :

Monsieur Lincoln est un grand homme, et je suis une pauvre Négresse ; mais je peux lui dire comment économiser de l'argent et de jeunes hommes : il suffit de donner la liberté aux Nègres et il aura tous les soldats qu'il désire.


Dans cette guerre fratricide, les combats contre les confédérés vont être de plus en plus durs et les pertes nombreuses de part et d’autre. Cela aura pour effet de faire évoluer les mentalités au sein du commandement des tuniques bleues. Aussi, après avoir utilisé les Noirs comme domestiques, Lincoln finira par accepter leur engagement dans les armées nordistes. Ces nouvelles unités combattantes seront baptisées, «United States Colored Troop» (Troupes de couleur des Etats-Unis). Pourtant, même dans ce contexte de conflit dont leur cause passait pour principal enjeu, ils seront encore frappés d'ostracisme. La majorité des officiers anciens de l'académie militaire de West Point comme les élèves officiers, refusaient de commander des Noirs au combat et rejetteront ceux de leurs collègues qui ne les suivaient pas. Ces unités dont les soldats et les sous-officiers étaient noirs, compteront une infime minorité d'officiers blancs au sein de leur commandement. Les Noirs finiront par soupçonner les Nordistes de combattre le Sud pour des raisons politiques et économiques, plutôt que pour libérer leurs compatriotes asservis. Qu'à cela ne tienne, les Noirs seront 200 mille à monter au front et laisseront plus de 60 mille morts sur les champs de bataille. Ils se seront battus courageusement jusqu'à la reddition du général Lee et l'abolition officielle de l'esclavage sur l'ensemble du territoire des Etats-Unis d'Amérique en 1865.

LINCOLN et l’émancipation des Noirs



Les Américains inscriront ce principe en 13e amendement de leur Constitution. Et Lincoln devait écrire :

En accordant la liberté à l'homme asservi, nous garantissons la liberté de l'homme libre, geste doublement honorable de don et de protection. Nous garderons honorablement, ou nous perdrons lâchement, le dernier, le plus bel espoir qui soit au monde.


Mais au lendemain de cet événement, le Ku Klux Klan voyait le jour en décembre 1865 dans le Tennessee, sur l’initiative de William Forest un ancien colonel de l’armée sudiste. Les Blancs les plus modestes et les plus pauvres, n’acceptaient pas l’émancipation des Noirs et seront nombreux à grossir les rangs du Ku Klux Klan. Cette organisation criminelle qui allait pendant longtemps, terroriser et assassiner des milliers de Noirs, comptera jusqu'à 5 millions de membres au début du siècle sur une population américaine de 100 millions de personnes. Après le joug de l'esclavage, les femmes et hommes de la diaspora noire des USA connaîtront bien d'autres épreuves pénibles comme la ségrégation raciale, les lynchages et les luttes pour les droits civiques. Après les Amérindiens, ils seront les principales victimes de la démocratie américaine, égalité théorique des droits sans égalité des chances car pour les Noirs, pendant longtemps encore, ce sera le «Cauchemar américain». A partir de 1880, beaucoup d’Etats américains voteront des lois qui feront des Noirs, des citoyens de seconde zone et séparés des Blancs.

En 1890, la cour suprême des Etats-Unis légalisera ces dispositifs ségrégationnistes. Pendant plus d’un demi-siècle, il y aura dans ce pays deux sociétés séparées. La société blanche sera privilégiée avec les meilleures écoles et les meilleurs hôpitaux. Ainsi, pendant longtemps, les Noirs ne réussiront pas à former des élites. Ils connaîtront le chômage et les petits boulots car le rêve américain n’était pas pour eux. Mais comme aux pires moments de l'esclavage, ils ne baisseront pas toujours les bras. Après leur libération, beaucoup de Noirs devaient fuir en masse les Etats du Sud et la ségrégation raciale que ceux-ci mettaient progressivement en place. Dans cette partie des Etats-Unis, ces mouvements de populations devaient provoquer une véritable hémorragie difficile à enrayer. Ceci faisait l'affaire des Etats industriels du Nord où déferlait une main-d’œuvre bon marché. Un bouleversement qualifié de «Grande migration» et qui va s'amplifier à partir de 1915. Toutefois, dans les Etats du Nord, les Noirs seront également cantonnés dans des métiers «bons pour Nègres», c’est-à-dire jugés inférieurs, sous-payés et dégradants. Leur arrivée massive allait développer de plus en plus, l'hostilité des Blancs à leur égard. Ils étaient au mieux tolérés, au pire interdits d'installation comme dans les villes de l'Ohio et de l'Indiana. Le premier conflit mondial verra l'arrêt brutal de l'immigration européenne et l'encouragement de plus en plus de Noirs à quitter les Etats du Dixieland pour s'installer dans les centres urbains du Nord. Ainsi, entre 1916 et 1940, les ghettos des villes industrielles de Philadelphie, de Boston et de New York seront alimentés par une importante population noire venue du Sud, notamment des Carolines, de la Géorgie, de la Virginie et de la Floride. Beaucoup de fermiers noirs rejoindront également la Californie et seront suivis par d'autres, venus pour la plupart du Texas et de l'Oklahoma, chercher du travail dans les usines d'armement, l’industrie de l’aviation et les chantiers navals, au déclenchement du second conflit mondial. Dans ces vagues de migrations massives qui suivirent l'abolition et plus tard l'entrée en guerre des Etats-Unis, Detroit sera la destination prioritaire car les chaînes de montage de l'industrie automobile offraient des salaires alléchants aux ouvriers qui viendront remplacer les immigrants européens mobilisés sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. Une certaine misère va encore suivre les Noirs jusque dans ces lieux pourtant synonymes de terre promise pour des populations longtemps asservies. Avec leur installation, beaucoup de quartiers des villes du Nord deviendront des ghettos. Cinq ou six familles en moyenne, vont s’y entasser par appartement. Malgré l'insalubrité, les loyers de ces quartiers étaient chers mais la solidarité va jouer. Beaucoup de Noirs garderont un goût amer des Etats du Sud qu’ils ont abandonnés. Le bluesman John Lee Hooker né à Clarksdale, près de Memphis en 1917 était de ceux-là. Dans sa région natale chargée de souvenirs douloureux, malgré l’abolition de l’esclavage, les planteurs mobilisaient tous les gens de couleur valides (hommes, femmes et enfants), pour le ramassage du coton. Accompagnés de cris et de chants, durant de longues heures ils travaillaient pour un salaire de misère. Le blues de John Lee Hooker est né là-bas dans cet univers où l'une des rares distractions était la musique. La détresse de la diaspora noire après s'y être exprimée par le work song, le Gospel et le blues, va engendrer, dans les centres urbains du Nord, une nouvelle forme d'expression musicale. Dans le Sud, le bluesman était solitaire. Il se contentait traditionnellement d'une guitare et d’un harmonica. En s'urbanisant le blues va prendre une forme orchestrale avec des accompagnateurs placés sous l'autorité d'un leader. Ce sera la naissance du blues urbain.

Pour faire face aux loyers chers, de nombreux locataires organisaient des Rent party. Ces petites fêtes consistaient pour les hôtes, à pousser les meubles, préparer à manger et à boire en abondance au cours de soirées où un bluesman se produisait gratuitement. Les voisins, amis et sympathisants venaient faire la fête, moyennant quelques dollars. Les bénéfices de ces Rent party servaient à payer les loyers des Noirs les plus nécessiteux. Cependant, beaucoup d’entre eux n'auront même pas la «chance» d'être logés légalement dans ces taudis. Ils auront pour lits des tables de billard que leur louaient des patrons de bars sans scrupules. Ces conditions de vie particulièrement pénibles, pousseront les Noirs à se révolter par de violentes émeutes au cours de l'été 1943. Comme toujours dans les moments pénibles, ils vont s'exprimer par le blues et le jazz. Mais au même titre qu’eux, leurs musiques seront aussi méprisées par les Blancs. Elles n'auront pour cadre que des bars clandestins et des endroits mal famés. Cependant, des circonstances inattendues allaient les faire sortir de ces ghettos. L'Amérique meurtrie par la crise de 1929 portera au pouvoir en novembre 1932, Franklin Delano Roosevelt. Ce Président démocrate mettra en place le New Deal (nouvelle donne) - série de mesures économiques pour sortir de la crise -, et abolira la prohibition par le XXI ème amendement de la constitution. Subitement les Américains se mirent à faire la fête pour oublier les durs moments. Dans ce contexte, le jazz va répondre à leur attente, gagnant ainsi ses premières lettres de noblesse à telle enseigne que, beaucoup de Blancs disaient que les Noirs ont sauvé l'Occident de l'ennui. Une importante communauté noire va émigrer dans le quartier résidentiel de Harlem au Nord de Manhattan, que les Blancs déserteront progressivement. Ce ghetto sera ensuite le berceau d’un grand mouvement artistique et littéraire orchestré par le philosophe Alain Locke, le romancier Jessie Redmond Faus, les sociologues Jean Toomer et W.E.B Dubois.

Ce dernier, premier intellectuel noir à réussir un doctorat à l'université d'Atlanta, voulait amener ses frères de couleur américains à prendre conscience de leurs valeurs esthétiques et culturelles, d'en être fiers et de l’affirmer. Cette idée largement partagée par les intellectuels de la diaspora noire allait faire son chemin car, presque au même moment (milieu des années trente), se produisait à Paris la rencontre de Léopold Sedar Senghor l'Africain et de Aimé Césaire le petit frère de la diaspora noire des Antilles. Césaire pensait que pour affirmer son identité, l'homme noir devait commencer par prendre conscience de ce qu'il était avant tout c'est-à-dire un Nègre avec un passé prestigieux et riche d'éléments culturels des plus positifs. Malgré certaines falsifications de l'histoire, le Nègre doit affirmer et être fier des brillantes civilisations qui se sont développées en Afrique car, ses ancêtres n'ont pas assisté en spectateurs à la marche de l'histoire.

Quant à Léopold Sedar Senghor, aux interrogations identitaires de ses frères de la diaspora africaine de l'Amérique et de la Caraïbe, il répondait par le retour aux sources historiques et culturelles du continent noir. De la rencontre de ces deux grandes figures de l’intelligentsia noire, allait naître une Négritude militante et farouchement opposée à toute idée d'assimilation et d'aliénation culturelle. A Harlem, artistes, hommes d'église et intellectuels noirs vont oeuvrer au rayonnement de la culture nègro-américaine. Cette expression culturelle sera caractérisée par le sens musical, l'optimisme, l'audace politique et esthétique. Dans ce contexte, Alain Locke devait écrire :
le Noir américain est appelé à devenir l'avant-garde des peuples d'Afrique confrontés à la civilisation du XXème siècle.
Le rôle des musiciens noirs sera non moins important dans ce mouvement culturel. Swing, rythmes hot de la New Orléans seront servis à l'Américain moyen par Duke Ellington, Chick Webb, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Count Basie et le grand «Satchmo» Louis Armstrong. Dans des lieux plus ou moins populaires fréquentés par la haute bourgeoisie américaine - un public blanc en mal d'exotisme -, comme le Cotton Club, le Savoy Ballroom et l’Apollo. , après avoir exprimé la détresse et la souffrance, le Jazz transmettra un message d'espoir en un avenir meilleur et plus gai. Hélas, la route qui se dessine devant les Afro-américains sera longue. Des décennies de luttes, d'émeutes et de violence attendaient les Noirs du «pays le plus démocratique du monde». La constitution de 1787, pourtant très libérale, n’avait pas aboli l’esclavage. Et les droits qu’elle accordait aux citoyens américains ne seront théoriquement étendus aux Noirs qu'au cours de la seconde moitié du vingtième siècle. La longue marche des Noirs américains allait se faire entre ghetto et intégration, pour des femmes et des hommes qui ne demandaient qu'à se faire reconnaître en tant que citoyens à part entière. Les leaders de ces mouvements auront pour noms le Dr King, Malcolm X, Stokely Carmichael, Angela Davis, Eldrige Cleaver, Georges et Jonathan Jackson. Tous s'attaqueront au système mais avec des méthodes différentes. Après de nombreuses actions engagées par les mouvements pour les droits civiques, pour la première fois en 1954 la cour suprême des Etats-Unis déclare à l’unanimité, inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles. Mais devant l’opposition des Etats du Sud où régnait un racisme pur et dur, cette loi fédérale qui devait s'appliquer à tout le pays, ne sera qu'un principe théorique pour longtemps encore. Dans cette partie des Etats-Unis, au début des années 50, la ségrégation raciale se vivait au quotidien. Noirs et Blancs étaient séparés partout et plus spécialement dans les écoles et les lieux publics. Un Noir devait descendre du trottoir lorsqu'il croisait un Blanc. A Montgomery en 1955, les 50 mille Noirs de la ville étaient soumis à un des systèmes ségrégationnistes les plus durs du pays face à leurs 80 mille compatriotes blancs. Dans les autobus, les quatre premiers rangs étaient réservés aux passagers blancs et à l'arrière s'entassaient toujours des Noirs tandis que bien souvent, l'avant était vide. En plus, aux heures de pointe les Noirs étaient tenus de céder leurs places aux Blancs. Un fait divers élémentaire allait mettre le feu aux poudres. Le 1er décembre 1955 une jeune femme noire couturière de 42 ans, Rosa Parks, rentrait chez elle après une dure journée de travail. Installée pourtant dans la section réservée aux passagers noirs, elle fut priée de céder sa place à un Blanc. Ce jour-là, la réponse d'une femme noire révoltée sera claire : No Im not going to move (non je ne me lèverai pas). La communauté noire décida de se mobiliser pour dénoncer ce système qui n'avait que trop duré. C’est ainsi qu’un jeune pasteur de [b]26 ans [/b[]responsable d'une paroisse baptiste, [b]Martin Luther King, prit la tête du mouvement. Le pasteur King était un orateur brillant et d'un charisme rare. Après un pèlerinage en Inde sur les traces du Mahatma Gandhi, il adoptera la philosophie de la non-violence. Ses études très poussées lui permettaient d'utiliser un langage raffiné destiné aux médias et à la haute société américaine et en même temps, il maîtrisait parfaitement le langage populaire pour s'adresser à ses frères opprimés. Au début de la lutte le pasteur King dira :

«Nous, citoyens noirs avons décidé de boycotter les autobus de Montgomery jusqu'à ce que nous ayons gain de cause quant à l'égalité des droits, même si cela doit durer un an.»


La lutte deviendra vite efficace car, pour le prix d'un ticket de bus, beaucoup de chauffeurs de taxis noirs sensibilisés par la philosophie et la détermination du pasteur King, acceptèrent de transporter les membres de leur communauté. Le bras de fer devait durer jusqu'à ce que la Cour suprême des Etats-Unis décide de déclarer inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus. Le mouvement des droits civiques enregistrait là un premier succès. Cette victoire obtenue au terme d’une lutte qui aura duré un an, va être le point de départ d'une véritable révolution sociale orchestrée par Martin Luther King. Le pasteur baptiste fondera la Southern Christian Leadership Conférence (SCLC). Pour être crédible, ce mouvement va prendre ses distances avec plusieurs organisations dont la nation de l'Islam qui a toujours développé des thèses violentes - non partagées par un grand nombre de Noirs -, qui pouvaient servir de prétextes au FBI. Le pasteur King dira :

On ne courbe pas la tête mais nous résisterons par tous les moyens pacifiques. Et le jeune pasteur d’ajouter : «On ne se venge pas de la violence par la violence. Il faut répondre à la haine par l’amour».


Pendant plus de dix ans - Entre 1956 et 1968 -, le mouvement du pasteur King organisera le boycott systématique de toutes les institutions ségrégationnistes. Son action se traduira sur le terrain par des sit-in ou par des marches symboliques pour sensibiliser l'opinion publique et finira par devenir un mouvement de masse. Le succès en était d'autant plus grand qu’il était un mélange savamment dosé de religion et de justice, pour sensibiliser les Noirs des ghettos des grandes villes du Nord comme ceux des irréductibles Etats du Sud. Martin Luther King pensait obtenir des victoires aux Etats-Unis uniquement par des actions non-violentes. Il était convaincu que les Noirs n’obtiendraient jamais de droits civiques s’ils choisissaient la révolte violente et brutale. Par la suite, il variera très peu dans sa stratégie mais, à l'inverse des autres combattants noirs, le jeune pasteur sous-estimait le profond enracinement du fléau raciste dans la population blanche ; cela lui sera fatal plus tard. Mécontents de la décision de la cour suprême, les Blancs racistes manifestèrent violemment à Little Rock (Arkansas), en 1957 contre la réintégration de neuf écoliers noirs dans un collège aux cris de «Nègres dehors, non à l'intégration.» Malgré l’arrêt de la cour suprême, la ségrégation dans les écoles des Etats du Sud continuait à être une pratique courante. Il faudra que le Président Eisenhower mobilise des centaines de parachutistes de la garde nationale pour permettre aux neuf écoliers d'entrer au collège. Il en sera de même quelques années plus tard, lorsqu’un étudiant noir voulut s'inscrire à l'université du Mississippi, bastion depuis toujours inaccessible aux hommes de couleur. Les conservateurs blancs décidèrent de l'en empêcher. Pour soutenir leur action, le gouverneur Barlett déclara aux médias :

«il n’y a pas d'exemple dans l’histoire où la race blanche ait survécu à l'intégration, nous ne boirons pas la coupe du génocide.»


La violence des émeutes poussera le Président Kennedy à intervenir. Le premier Américain s'adressera à ses compatriotes en ces termes :

Les Américains sont libres de désapprouver la loi mais pas de lui désobéir. Dans un gouvernement des lois et non des hommes, aucun homme, quelle que soit sa prééminence ou son pouvoir et aucune foule aussi violente soit-elle n'a le droit de défier un tribunal
.

Mais il faudra encore l'intervention de l'armée pour permettre à l'étudiant noir de suivre les cours. Dans le Sud, à partir des années soixante, la jeune génération lancera un vaste mouvement de sit-in très vite relayé dans tout le pays. Ils occuperont des bars, des magasins et des boutiques interdits aux Noirs et la police ripostera en les arrêtant par milliers. En 1961, les combattants pour les droits civiques inaugureront également une autre forme d'action. De petits groupes de militants - les voyageurs de la liberté - partent en cars en direction des Etats du Sud pour pousser l'administration à appliquer la loi. Ils seront souvent arrêtés, molestés et emprisonnés. En Alabama un bus fut intercepté et incendié. Malgré ces réactions violentes, les voyageurs de la liberté continueront leur marche. Face à eux, les racistes du Sud vont manifester avec le soutien du gouverneur Wallace qui en s'adressant au pays dira :

que les choses soient claires, la ségrégation aujourd'hui, la ségrégation demain, la ségrégation toujours.


Martin Luther King réagira en 1963 en décidant d'organiser à Birmingham, au nez et à la barbe du Ku Klux Klan, une spectaculaire action de masse pour l'intégration. King sera arrêté puis libéré sous caution. Le combattant pour la liberté va décider alors, de faire descendre des milliers d'écoliers dans la rue. Le chef de la police, donnera l'ordre à ses hommes de charger les enfants. La télévision retransmettra de terribles images qui allaient choquer le pays. Kennedy s'adressera à la population le 11 juin 1963 en ces termes:

Il est temps pour cette Nation de tenir sa promesse. Les événements de Birmingham et d'ailleurs ont tant accru les revendications pour l'égalité, qu'aucune ville, aucun Etat, aucun corps législatif ne peut délibérément les ignorer. Je demanderai au Congrès de légiférer, de s'engager sur ce qui n'a pas été pleinement réalisé dans ce siècle pour que la race n'ait plus sa place dans la vie ou les lois américaines.


Après cela, le Président Kennedy y va inscrire la déségrégation dans la loi. Son action sera soutenue par une marche sur Washington le 28 août 1963. Elle mobilisera plus de 250 mille personnes, dont 60 mille Blancs, avec quelques stars comme Marlon Brando, Sammy Davis Jr, Charlton Heston et Paul Newman. King sera le dernier des orateurs à prendre la parole. Ce sera pour lui, le point fort de sa longue lutte pour les droits civiques. Martin Luther King prononcera ce jour-là son célèbre discours :

«
J’ai fait un rêve, [...] qu'un jour ce pays s'éveille et retrouve le sens profond de ses valeurs : nous tenons pour évident que tous les hommes naissent égaux. J’ai fait un rêve [...] que mes quatre petits enfants vivent un jour dans une Nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur leur personnalité. Que nous pourrons travailler, prier ensemble, lutter ensemble, aller en prison ensemble, nous lever ensemble pour la liberté en sachant que nous serons libres un jour. Enfin libres, grâce à Dieu, nous sommes enfin libres.»


En 1961 Kennedy franchira une étape décisive en signant le décret 10 925. Ses dispositions invitaient - sous peine de sanctions -, les employeurs fédéraux à abolir la ségrégation raciale au sein de leur personnel. Après l'assassinat de Kennedy, son successeur, le Président Johnson, signe le 2 juillet 1964 un acte qui rend illégale la ségrégation raciale dans tous les établissements publics des Etats-Unis. Peu après, le prix Nobel de la paix sera décerné à Martin Luther King. Cette consécration lui vaudra l'adhésion à la cause des Noirs américains de beaucoup d'intellectuels du monde entier. Cette nouvelle donne rendait encore plus réel un problème noir aux Etats-Unis. Mais dans le Sud, les autorités continuaient à refuser le droit de vote à 72% des Noirs. Elles les soumettaient à une taxe électorale et à un test d’alphabétisation où il leur était demandé de réciter des pans entiers de la constitution. Malgré ces actions, ouvertement soutenues par l'irréductible gouverneur Wallace, le pasteur King devait organiser une marche entre Selma et Montgomery pour le vote des Noirs. Les manifestants pour les droits civiques seront durement chargés par les forces de police et laisseront de nombreux blessés sur place. Toujours fidèle à sa stratégie de non-violence, le pasteur King reviendra sur les lieux en compagnie de centaines d'hommes et de femmes. Ils s'arrêteront devant les forces de police pour prier afin que Blancs et Noirs vivent ensembles. Après cela, les autorités fédérales promulgueront le 6 août 1965, la loi sur le droit de vote des Noirs, mais elle sera difficile à appliquer. Dans le même temps, les autorités de la police fédérale américaine vont développer à l’encontre du pasteur King, une campagne de calomnie, de harcèlement et finiront par l’élever au rang d'ennemi public n° 1 - au même titre que de vulgaires gangsters comme Baby Face Nelson ou Dillinger -, voire de communiste. En fait si le mouvement initié par le paranoïaque sénateur Mac Carthy a disparu dans les trappes de l’histoire, ses effets ont longtemps survécu dans la société américaine. Ceci faisait dire à l'ancien archevêque du Brésil dom Elder Camara :

«quand je m'occupe religieusement des pauvres affamés, les Américains disent que je suis un saint. Mais quand je demande pourquoi ces gens-là ont faim ? la CIA me qualifie de communiste subversif.»


La police fédérale emploiera tous les moyens pour combattre Martin Luther King. Pourtant, beaucoup d'Américains considéraient le pasteur baptiste comme un modéré, convenable et un interlocuteur possible, comparé à tous les leaders de la diaspora afro-américaine qui prônaient la violence. En effet, l'interminable attente pour l'égalité des droits et des chances, incitait des leaders plus radicaux que le pasteur King, à envisager sérieusement la séparation par la lutte armée. L'Amérique n'allait pas tarder à faire connaissance avec un certain Malcolm Little. Ce fils de pasteur est né en 1925 et accueilli par un acte raciste car le Ku Klux Klan incendia leur maison peu après sa naissance. Le jeune Malcom était brillant mais, devant l'éternelle inégalité des chances, comme beaucoup de jeunes Noirs, il tombera vite dans la délinquance et purgera une peine de 7 ans dans un pénitencier où il sera converti à l’Islam. A sa libération, Malcolm deviendra le porte-parole officiel des musulmans noirs américains. Dans un discours d’une rare violence, Malcolm Little devenu Malcolm X - rejetant son nom d'esclave, X étant le nom africain inconnu -, lancera à un auditoire noir attentif :

«Vous valez plus qu'un Blanc mais cela ne veut pas dire grand chose, vous n'allez pas être son égal ?. Qui est-il donc pour que l'on ne soit pas son égal. Regardez votre peau, vous ne pouvez la comparer à la sienne. La Révolution n'est pas l'abolition de la ségrégation dans les wc, ni l'abolition de la ségrégation dans les bars ou dans les salles de théâtre. Il n'y a pas de Révolution pacifique. Il n'y a pas de Révolution sans verser de sang. Il n'y a pas de Révolution sans violence. Alors si vous n'êtes pas prêts à la violence, rayez le mot Révolution de votre vocabulaire.» Et Elijah Muhammad, leader des Black Muslim’s d'ajouter : i> «l'homme blanc est une création du mal, fait pour mentir et assassiner, fait pour tuer. »


Pourtant, le Black Muslim's ne s ’engagera pas franchement dans la vie politique. Ses dirigeants prônaient le séparatisme économique et social, le but étant d'obtenir un territoire à part et totalement séparé des Blancs. Les membres de cette organisation dénonçaient l'omniprésence des règles dictées par les Blancs dans tous les domaines de la société américaine. Avec son humour plus que provocateur, le champion du monde de boxe toutes catégories, Cassius Clay - converti à l'Islam sous le nom de Muhammad Ali -, notera :

«
On regarde Miss Monde, on voit du blanc, Miss Univers encore du blanc, même Tarzan le roi de la jungle au fond de l'Afrique est blanc.»



A la suite d’un conflit interne opposant Elhijah Muhammad à Malcom X, les dirigeants des Black Muslim’s finiront par écarter ce dernier. Il fondera son propre mouvement puis, accomplira un pèlerinage à La Mecque et un tour du monde. Au cours de ce voyage, il sera reçu par beaucoup de chefs d'Etats africains qui feront évoluer sa pensée politique vers plus de réalisme et de pragmatisme. À son retour aux Etats-Unis Malcom X sera néanmoins élevé au rang d’ennemi public par le FBI. Il rencontrera le pasteur King, qu’il appuiera un moment dans sa lutte. A leur séparation il lui dira :

«
nous n'avons pas la même philosophie mais nous avons un point commun : nous sommes tous les deux condamnés à mort.»


Malcolm X sera assassiné peu de temps après lors d'un meeting à Harlem. Après plus de dix ans de marche, de sit-in et d'émeutes, le mouvement des droits civiques réussira à changer la loi. Celle-ci autorise désormais le droit de vote des Noirs. Elle a également aboli de manière effective, la ségrégation raciale dans les lieux publics. Toutefois, ces acquis ne changeaient pas profondément la vie quotidienne des Noirs. Aussi, les autorités fédérales vont introduire en septembre 1965, une nouvelle donne dans le jeu socio-politique des Etats-Unis : le Positive Act (politique d'action positive). Pour aider à une meilleure intégration, cette disposition législative permet de réserver aux citoyens noirs un quota d'emplois et de logements. Mais toujours dans les Etats du Sud, nombreux étaient les Noirs qui n'osaient pas s'inscrire sur les listes électorales de peur des représailles. Martin Luther King et Stokely Carmichael, - leader des étudiants, marié à Myriam Makéba, chanteuse sud-africaine combattante anti-apartheid, - décideront d’organiser une marche contre la peur. Carmichael lancera lors de cette action, un slogan qui deviendra un leitmotive : Black Power (pouvoir aux Noirs), qui emballera la jeunesse noire américaine. On cherchera désormais à affirmer son identité et à s'intéresser à ses origines africaines sources de fierté. Si l'Italo-américain pouvait vanter le passé de ses ancêtres romains, le Gréco-américain celui de l'illustre civilisation de ses anciens, l'Afro-américain, malgré les contrevérités de l'histoire, se devait également d'être fier des brillantes civilisations qui se sont développées en Afrique. En même temps naissait le slogan Black is beautiful (le Noir est beau) : plus question de singer le Blanc. Le «Soul Brother Number One» James Brown, rejoindra également le mouvement. Cet ancien enfant à problème né dans un ghetto, savait parler à ses frères exclus du rêve américain. Il les incitait à afficher leur Négritude et à être fiers de leur culture avec des titres comme :
«Say It Loud - I'm Black and I'm Proud»
(Dites le fort, je suis noir et j'en suis fier). Le mouvement des droits civiques avait certes remporté des victoires mais aux yeux de beaucoup de Noirs, celles-ci paraissaient éphémères. Leur communauté était toujours la cible de violences civiles ou policières et d'assassinats à caractère raciste dont les coupables étaient rarement poursuivis. Une telle situation poussait de plus en plus de déçus dans les rangs du Black Power dont l'objectif était un séparatisme nationaliste. Les actions de ce mouvement seront spectaculaires, notamment les poings gantés de noirs levés sur le podium olympique de Mexico en 1968 par Tommy Smith et John Carlos, vainqueurs d'un 200 m exceptionnel d'intensité et remarquable de qualité.

Elles s'exprimeront également par la lutte d'une jeune femme professeur de philosophie, Angela Davis. Cette lutte sera aussi marquée par des épisodes sanglants comme la prise d'otage dans un tribunal de Los Angeles, exécutée par le jeune Jonathan Jackson qui devait y laisser la vie en même temps que le juge et un autre otage.



Angela Davis (au centre)

En dehors de son idéologie révolutionnaire pure et dure, le Black Power reflétait l'état d'esprit des Noirs des années soixante qui arrivaient dans une époque où la contestation remettait en question le système de développement économique et social du monde occidental et l'impérialisme américain. Ce mouvement allait faire de nombreux adeptes, surtout avec la guerre du Viêt-nam. Le champion du monde de boxe, Ali, refusera sa mobilisation pour éviter d’aller tuer ce qu’il appelait des «Nègres jaunes.» Dans cette tuerie insensée, beaucoup de jeunes Noirs seront envoyés à la mort. A Woodstock, Jonis Joplin, Joan Baez et Jimmy Hendrix dénonceront cette absurdité. Hendrix interprétera sous forme de défi, l'hymne des Etats-Unis à la guitare pour clôturer le festival. C’était le symbole de la révolte de toute une génération d’Américains contre le système. En 1965, un mouvement culturel né dans les universités deviendra vite populaire. La jeunesse afro-américaine va adopter le terme de Black avec fierté. Ce sera également le temps des émeutes. A Watts, la misérable banlieue noire de Los Angeles peuplée de plus de 250 mille habitants, l'été 1965 sera chaud après que le 11 août un incident ait mis le feu aux poudres. Dans ce ghetto, avec ou sans qualification, on était condamné au chômage. L'arrestation d'un jeune Noir pour conduite imprudente va déclencher et libérer toutes les haines, rancunes et tensions longtemps contenues. Pendant des jours, les Noirs vont incendier, piller et se battre contre les forces de l’ordre. Le gouverneur de Californie mobilisera 15 mille policiers pour rétablir l’ordre dans ce quartier chaud. Le Président Johnson nommera une commission d’enquête pour comprendre la révolte des Noirs. Dans ses conclusions, cette commission reconnaîtra le caractère spontané des émeutes, dues à une situation de mécontentement d’une minorité particulièrement touchée par le chômage, la misère et l’exclusion. La commission écartera également toute manipulation politique, bien que des leaders extrémistes noirs aient réussi à récupérer le mouvement. Stockely Carmichael demandera aux Noirs de :
détruire tout ce que la civilisation blanche américaine a produit
. Il y aura 34 morts, 1032 blessés, 3952 arrestations et des dégâts estimés à 40 millions de dollars. Dans ce climat de mini guerre civile et d’escalade dans la violence, l’Amérique va encore faire connaissance avec des leaders noirs purs et durs à l’image des militants du Black Panthers Party (parti des panthères noires pour l'autodéfense). Cette organisation révolutionnaire a été créée en octobre 1966 par Bobby Seale et Huey Newton, deux étudiants qui revendiquaient l’héritage spirituel de Malcolm X. Le nom de leur mouvement est emprunté à un animal africain qui a la particularité de ne jamais attaquer s'il n'est pas agressé, mais d'être extrêmement féroce si on l'attaque. Les Black Panthers étaient des stars avec un aspect, une mystique et un look qui charmaient la jeunesse de la diaspora afro-américaine. Leur but visait d’abord à améliorer les conditions de vie des Noirs. Au programme de leurs actions sociales : distribution de vivres, assistance médicale et collecte de vêtements. Ils se prépareront également à l’affrontement si nécessaire surtout dans ce pays où une vieille maxime du Far West dit :
Dieu créa les hommes et Samuel Colt les rendit égaux.
Le droit de posséder une arme reste toujours inscrit dans le 2e amendement de la constitution. Les Black Panthers s'appuieront en plus sur une loi qui rendait légal le port d'arme si celle-ci est visible. Ainsi, les membres du mouvement se baladeront en toute impunité, armés jusqu'aux dents au nez et à la barbe des forces de police. Un autre leader pur et dur, Eldrige Cleaver rejoindra les Black Panthers pour devenir leur porte-parole. Au cours d'un accrochage entre les Panthers et la police, Newton sera gravement blessé et un agent tué. Cette occasion particulièrement attendue, permit au FBI d'élever les leaders du Black Panthers Party au rang d'ennemis publics et leurs jours seront comptés. John Edgar Hoover donnera l’ordre à sa police fédérale de pratiquer à leur encontre, une répression impitoyable et une politique d'élimination systématique. Avec la complicité de certains médias, les militants du Black Panthers Party seront présentés comme des voyous, des brutes et des drogués. Eldrige Cleaver choisira l'exil en Afrique plutôt que de risquer de tomber sous les balles des hommes du FBI. Ces derniers vont abattre le plus jeune membre des Panthers, Bobby Hilton (17 ans). Le Black Panthers Party sera totalement anéanti par la police fédérale américaine, la plupart de ses survivants seront emprisonnés et soumis à un régime carcéral impitoyable. A cette époque - Début des années 1970 -, les Noirs ne représentaient pas plus d'un Américain sur dix. Pourtant, plus de 50 % des prisonniers appartenaient à leur communauté. Dans la prison de Attica à New York, où était détenu Georges Jackson ami de Angela Davis et frère de Jonathan Jackson (le jeune preneur d'otages du Black Power), les détenus vont se révolter contre le système. Pour éliminer les meneurs qui étaient pour la plupart sympathisants des Black Muslim’s ou marxistes comme Jackson, les forces de police choisiront la manière forte en donnant l'assaut. Il y aura une quarantaine de victimes, dont 10 otages et le principal leader du mouvement, Georges Jackson. Dans le même temps, les irréductibles racistes pensant pouvoir changer le cours de l’histoire, feront assassiner le 4 avril 1968, Martin Luther King dans une chambre d'hôtel de Memphis, par un tueur à gages soupçonné d'avoir été manipulé par des agents du FBI. À l'enterrement du grand combattant pour les droits civiques, beaucoup de personnalités du monde politique américain, dont le démocrate Robert Kennedy, suivront le cercueil. Le sénateur du Massachusetts sera abattu à son tour peu de temps après et la communauté noire perdra là encore, un de ses grands défenseurs. A la mort du Dr King, les Noirs comprendront qu’il leur sera difficile d’obtenir la liberté et l’égalité par des prières. Ils réagiront avec une violence sans précédent. Pillages et incendies dans une centaine de villes, plongent le pays dans une crise profonde. Des émeutes très dures feront vivre aux villes américaines, un véritable cauchemar, notamment Washington, qui sera à feux et à sang. Malgré toutes ces actions spectaculaires, les luttes violentes n'auront pas réussi à changer profondément la vie quotidienne des Noirs. Aussi, d'autres leaders politiques vont utiliser l’arme électorale pour continuer le combat. Mais longtemps après le triomphe des droits civiques, les Etats-Unis comptent une infime minorité de Noirs ayant réalisé le rêve américain. Ce sont pour la plupart de grands sportifs ou des star du Show Business, quelques maires, très peu de gouverneurs et de diplomates et un général Collin Powel, ayant commandé en chef les armées américaines. Même s’il est aujourd’hui le patron de la diplomatie américaine, d’aucuns pensent qu’il s’agit d’un faire-valoir. Car c’est sous la prédsidence Georges W Bush, ancien gouverneur de l’Etat Serial Kealler du Texas, où ont exécutés le plus grand nombre de prisonniers noirs des Etats-Unis. Cette promotion est négligeable, car la population noire qui représente 12 % des Américains, est presque absente de la Chambre des représentants et ne compte que peu d'élus au Sénat. L'égalité des chances est toujours un principe vide de sens pour les Noirs. Près de 30% des familles afro-américaines - en majorité des chômeurs, alcooliques, drogués et mères célibataires -, vivent dans des ghettos. La plupart de ces familles, sont souvent entassées dans des logements vétustes et insalubres, indignes du pays le plus riche du monde. Ces oubliés du miracle américain ne survivent que grâce aux aides sociales et aux trafics de tout genre. C'est également dans les municipalités dont l ’administration est confiée à des élus noirs que les taux de criminalité, de toxicomanie et de pauvreté battent tous les records. Tous ces exclus du rêve américain fournissent également le lot des sidéens, dealers et autres délinquants dont l'avenir le plus sûr reste la mort par balles ou la prison. De nos jours, bien que minorité, les Noirs constituent 40 % des condamnés qui attendent leur exécution dans les couloirs de la mort. La plupart d’entre eux, sont issus de milieux défavorisés donc le plus souvent mal défendus par des avocats commis d'office. Dans cette machine à fabriquer des exclus, nombreux sont les Noirs qui rejoignent les rangs de la Nation de l'Islam. Cette organisation afro-américaine, est actuellement l'un des plus vifs espoirs des abandonnés des ghettos où des gamins de quinze ans se baladent avec un gros calibre dans la main droite et du crack dans la main gauche et où on ne croit plus au rêve américain. Les militants de la Nation de l’Islam, continuent à recruter dans les prisons. Ils réalisent des programmes sociaux et s'occupent des exclus. La Nation de l’Islam prône la rigueur morale, le séparatisme sans compromission et le retour aux vraies valeurs (famille, travail). Les leaders de ce mouvement appellent ses 200 mille membres à prendre leurs responsabilités d’hommes, de maris, de pères et à développer une économie noire. Plus d'un million de Noirs américains ont répondu présents, dans un rassemblement à Washington en octobre 1995, à l'appel du leader de la Nation de l'Islam, Louis Farrakhan. Ce dernier préconise l'organisation de la communauté noire selon les préceptes du Coran. A l’inverse du rêve d'intégration de Martin Luther King, la philosophie de Louis Farrakhan est par désespoir, une véritable incitation à la haine raciale.
Il faut dire que le système américain qui passe pour le plus démocratique du monde, fabrique pourtant des laissés pour compte par des mouvements massifs d’exclusion sociale. Les Noirs en sont presque toujours les premières victimes. Ils sont souvent rejetés dans l’univers de l’économie informelle. Le Ku Klux Klan incendie impunément des églises de leur communauté et défile au grand jour avec le salut nazi. Dans l’Amérique d’aujourd’hui, les incidents entre groupes ethniques sont monnaie courante et le repli sur soi, un réflexe largement partagé par toutes les communautés. Pourtant, le concept de Melting Pot - mélange harmonieux d’éléments et d’idées d’origines variées et différentes -, a été inventé aux Etats-Unis par l’écrivain britannique Israël Zangwil. C’était le titre d'une pièce de théâtre, jouée devant le Président Théodore Roosevelt et qui ventait le mérite de la fusion de tous les peuples du monde sur le sol américain. Mais dans ce pays, plus personne ne croit au Melting Pot. Pour les Noirs, les grandes réformes civiques commencées sous Kennedy et Johnson, ont atteint très vite leurs limites si elles n’ont pas relativement échoué. Ceci prouve combien il sera difficile de rayer d’un trait de plume par des lois et des quotas plus de trois siècles d'injustices et d'inégalités. Que la route fut longue depuis les premiers débarquements d'esclaves africains à Jameson en 1607. D’une manière générale, longtemps après l’abolition de l’esclavage, l'immense majorité des Noirs de la diaspora reste encore exclue de secteurs entiers de l'économie de leurs pays d’implantation, comme une catégorie de sous-citoyens. Aujourd'hui, aux Etats-Unis, au Brésil, dans la Caraïbe et sur le reste du continent américain, les populations sont composées en grande partie de descendants ou de Métis d'Africains. Au demeurant, même si le chemin de l’égalité sera encore long pour certaines de ces populations de la diaspora noire, dans un métissage ethnique et culturel, les différents apports de leurs civilisations d’origine ont profondément influencé les cultures des pays d'implantation dans leurs expressions artistique, philosophique, spirituelle et créé un Mutant. Si selon la prophétie de Malraux, le
XXIème siècle devrait être spirituel
, la survie d’une humanité sage et enfin réconciliée, ne peut cependant résider que dans un inévitable avenir de dialogue, de rapprochement et de mélange des peuples. Et ce, malgré le poids de l’histoire qui imprègne encore les relations entre les descendants des différents acteurs de la tragédie passée.

Extraits de l’ouvrage de Tidiane N’DIAYE «L’Eclipse des Dieux » Editions Le Serpent à Plumes Paris

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Re: DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS...

Message par fred sorgue le Sam 28 Aoû 2010 - 22:04

Ouais . je viens de lire le compte rendu d'une "tea party" tenue ce jour a Washington , ben c'est pas encore gagné le KKK redresse la tête .
Malraux à la fin de sa vie etait un peu gaga comme on dit chez nous .

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Re: DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS...

Message par bb11 le Sam 28 Aoû 2010 - 22:47

merci super post blues 53 !

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Re: DU « CAUCHEMAR AMÉRICAIN» POUR LES NOIRS...

Message par michael_bxl le Dim 29 Aoû 2010 - 13:46

Merci pour le post Wink

(l’Etat Serial Kealler du Texas ? Kealler ? non, killer !)

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