Bunn Teddy

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Bunn Teddy

Message par PeJam le Sam 13 Juin 2009 - 23:40


On trouvera Teddy BUNN présent sur quantité d’enregistrements, tout d’abord en acoustique, puis dès 1945/46 affirmant un style de solos électriques extrêmement inventifs qui lui donnent une place d’honneur parmi les pionniers méconnus de la guitare électrique. Voici un résumé de sa biographie :

Theodore Leroy "Teddy" BUNN est né en 1909 (ou 1910) à Freeport, Long Island, (NewYork State) dans une famille de musiciens, où il apprend le banjo et la guitare en compagnie de ses frères et de ses parents. Il enregistre dès les années 20 avec Spencer WILLIAMS et Duke ELLINGTON ("Haunted Nights") participant brièvement avec ce-dernier à quelques tournées en remplacement de Freddy Guy, déficient pour cause de santé. On le trouvera également avec Jelly Roll MORTON. Après avoir laissé sur disque quelques solos fluides au sein des WASHBOARD SERENADERS au début des années 30, il travaille régulièrement avec les SPIRITS OF RHYTHM (que le discographe Kurt Mohr considère comme précurseurs de l’orientation "Rhythm And Blues" au sein du Jazz). Ceux-ci vont devenir THE FIVE SPIRITS OF RHYTHM, jouant dans les clubs "Onyx" et "Nick’s" de New York et tourner dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis. On trouve Teddy BUNN sur quelques faces de Mezz MEZROW, James P. JOHNSON, Meade Lux LEWIS vers la fin des années 30. En 1937, c’est en trio ou en duo qu’il joue, faisant partie de la formation de John KIRBY. Il enregistre avec Jimmy NOONE, le clarinettiste de Cab CALLOWAY ("Four Or Five Times"), avec Lonnie JOHNSON, Willie "The Lion" SMITH, et, découvrant la guitare amplifiée en 1938, devient l’un des premiers à jouer de la guitare électrique dans un trio orgue/drums/guitare.

"Lorsque l’on se penche sur l’histoire de la guitare électrique, note Norman Mongan dans le"Oak Re- port", il apparait que BUNN poursuit les efforts de pionnier de Lonnie Johnson. Il porta la guitare hors du contexte Blues et vers les horizons harmoniquement plus avancés de l’ère du Swing".

Il apporte ses solos modernes dans une séance du Bluesman Johnny TEMPLE ("Wild Woman","Me- lancoly"). Ne sachant guère lire la musique, il confiera : "J’ai une très bonne oreille, et je suis capable de deviner ce que les types vont jouer, une fraction de seconde avant !".

En 1938, il enregistre avec la chanteuse de Blues Trixie SMITH en compagnie de Sidney BECHET et de Sammy PRICE ("Freight Train Blues", "Trixie blues", "My Daddy Rocks Me"...) ainsi qu’avec Tommy LADNIER et son Orchestre ("Really The Blues","Jada","Weary Blues"...). En 1939, The PORT OF HARLEM SEVEN réunit BUNN, BECHET et le boogieman Meade Lux LEWIS ("Blues For Tommy Ladnier", "Pounding Heart Blues", "Mighty Blues"). Il enregistre également "King Porter Stomp", "Guitar In High","Blues Without Words", retrouvant les SPIRITS OF RHYTHM qui quittent New York pour la Côte Ouest. En 1940, c’est dans le Sidney BECHET Quartet, avec toujours Meade Lux LEWIS au piano, qu’on pourra entendre sa guitare sur : "Lonesome Blues", "Saturday Night Blues", "Dear Old Southland"... et au sein de l’Orchestre de Lionel HAMPTON sur "Just For Laughs", "Pig Foot Sonata", "Martin On Every Block", "Charlie Was A Sailor"... Il enregistrera également avec Hot Lips PAGE ("Evil Man’s Blues", "Thirsty Mama Blues", "Just Another Woman"... ) puis devient vocaliste de calypso à Hollywood en 1941, chez Leo WATSON (batteur & bandleader) pour le label Columbia. Watson, proche de Slim GAILLARD enregistra beaucoup avec ce-dernier. En 1940, Teddy BUNN avait aussi gravé sous son nom : "Voo Doo Blues", "Bachelor Boy", "Blues Without Words" et "Yo-Yo" (que l’on trouvera que l’on trouvera sur le CD d’anthologie Document réalisé en 1998, faussement intitulé "Complete Works" : "Teddy Bunn.1929-1940"- JPCD-1509-2 et sur l’album PeaVine PCD-5776. Ces albums incluent en effet les morceaux de Bunn à la guitare acoustique, parmi les Spirits of Rhythm, et quelques faces avec le Port of Harlem Seven de Sidney Bechet, mais oublient ses faces Hampton et Hot Lips Page. On trouve aussi sa guitare électrique avec l’orchestre de Charlie WHITFIELD, avec Rabbon TARANT (vcl) sur : "Lonesome Dream", "Stormin’ & Rainin’". On le retrouve auprès du pianiste Meade Lux LEWIS, qui connut ce guitariste électrique avant la fameuse séance au piano-céleste réalisée en 41 en compagnie de Charlie CHRISTIAN. Une photo commémorant une démonstration publicitaire pour le compte de la firme Gibson Guitars montre Charlie Christian, Slam Stewart, et Teddy Bunn ensemble. Mais jusqu’ici , nous sommes encore dans le domaine du Jazz.

En 1945, après avoir essayé de former lui-même de petits ensembles (issues des "Waves of Rhythm" de 1944), Teddy BUNN, sur la Côte Ouest, déjà imprègnée du "sound" des THREE BLAZERS, du "T.Bone Boogie" de T.Bone WALKER, et de tous les guitaristes locaux qui vont essayer de donner de nouvelles applications à l’influx Charlie CHRISTIAN, songe enfin à aborder le "Rhythm and Blues". On peut entendre un aperçu époustouflant de ce changement de style, dans l’intervention de Teddy BUNN dans le morceau : "Achin’Heart Boogie" de Clifford BLIVENS (vcls) with Edgar HAYES & His Stardusters (réédité récemment dans l’anthologie : "Rare R&B From The 40’s & 50’s-vol.2 : "Midnight Blues Party"- Electro-Fi Records). Ce morceau comporte un solo de guitare électrique foudroyant qui se rapproche de ce que faisaient sur cette même Côte Ouest les guitaristes montants tels que Tiny Webb ou Pee Wee Crayton. C’est indéniablement du très grand style de Jump-Blues (précurseur du Rock’n’Roll) !. Les STARDUSTERS d’ Edgar HAYES, pianiste et arrangeur dont la discographie est surtout connue pour ses oeuvres Swing en Big Band, dans les années 30 et 40 consistent en une formation réduite comme il était d’usage en Californie, les grands orchestres coûtant trop chers. Quant à Clifford "Fat Man" BLIVENS, il s’agit d’un chanteur/pianiste de la Côte Ouest que l’on peut retrouver avec le Johnny OTIS Orchestra, dans "Fat Man Blues", "Korea Boogie" (label Capricorne/CD NightTrain 7006/ The SwingTime Records Story-vol.2) ainsi qu’avec un "Hobo Boogie"("Swing, Swing Swing" v.a., CD Music Club). Les STARDUSTERS se composaient dès 1946, à Los Angeles (California) de : Edgar HAYES (pno), Teddy BUNN (el.gtr), Willie PRICE (b), Bryant ALLEN (d) (JDB-150 / V-Discs 681-B) à la même époque où Teddy BUNN forma son propre orchestre des TEDDY BEARS composé de Peanuts HOLLAND (tpt), Herbie HAYMER (ts), Arnold ROSS (pno), Teddy BUNN (el.gtr.), Charlie DRAYTON (b), Rollie CULVER (d). Ils jouent et enregistrent à Los Angeles. Notons que cette époque fait directement suite à ces séances de Teddy BUNN (jusqu’alors dans le jazz) qui derrière Big Joe TURNER (label Savoy), se révèle un guitariste en phrasés, distribuant d’intarissables chorus de guitare qui font penser, par exemple, à ceux de Joe Willie Wilkins (label Trumpet). Virtuosité & inspiration, avec un surcroît de vélocité !. Malheureusement, chez Big Joe, c’est à l’arrière-plan ; la guitare de Teddy est un peu couverte par l’ensemble orchestral. (morceaux impliqués :"Miss Brown Blues","I’m Still In The Dark", "My Gal’s A Jockey", "I Got Love For Sale","Sunday Morning Blues","Mad Blues"...) Dans cette seconde partie des années 40, ces phrasés de guitare accentués ("bop-choruses"), véloces, censés imiter les chorus de cuivres, vont se multiplier au sein des orchestres californiens "R&B", permettant de découvrir des virtuoses tels que Junior ROGERS, Robert KELTON, Tiny WEBB, Carl HOGAN, Pete LEWIS et bien sûr T.Bone WALKER et Pee Wee CRAYTON. Les amateurs de jazz qui considéraient à l’unisson le solo de Teddy Bunn sur "If You See Me Comin’" de Tommy Ladnier, en 38, comme "l’une des plus grandes pages de l’Histoire !" sont loin dès lors dépassés. Lorsque l’on entend les notes que jouaient Teddy BUNN en 1946, on est comme saisi par l’impression d’avoir à faire à un moment historique. Après avoir participé aux séances des chanteuse de Blues : Monette MOORE et Maggie HATTAWAY, à quelques faces de Peanuts HOLLAND sous le nom des ANGELS OF JUMP , Teddy BUNN est adopté par la chanteuse/pianiste de Boogie-Woogie : Hadda BROOKS pour une quinzaine de morceaux réalisés en 1947 (avec Red Callender -b, et Al Wichard -d), mais il apparait là plus timide, semblant revenir au "classic jazz" ou tout du moins au "novelty" dont Mme Brooks était éprise, mis-à-part sur : "Variety Bounce" où Bunn envoie un échantillon de son art. On le retrouve avec les STARDUSTERS d’Edgar HAYES en 1948, (Willie Price -b, ayant été remplacé par Curtis COUNCE) gravant pour les labels Exclusive et Modern une dizaine de nouvelles faces, dont : "Edgar’s Boogie", "Fat Means’n’Greens", "Sunday Morning Blues"(comportant un redoutable solo !), "Blues At Dawn - Pts.1 &2".... Remarquable aussi est la séance pour Selective à Los Angeles, gravée sous son nom (accompagné de W.POINDEXTER -as, Jerome PARSON -pno, Curtis COUNCE -b et Bryan ALLEN -d) d’ou sortiront les deux singles : "One A.M.Blues"/"Irritation Blues" (Sel.105), ""Jackson’s Nook" (majestueux guitar-solo !)/"I’ve Come A Long Ways Baby" (Sel.114). De très belles pièces sur lesquelles on l’entend chanter. Sur le label Modern, en 48, derrière Hadda BROOKS dans le style "cool swing" sortent : "Variety Bounce","Honey, Honey" ...."Je lui donnais un solo de 16 mesures sur chaque morceau" dira Hadda ("Living Blues N°118- déc.1994). Mais Teddy Bunn n’est pas ici aussi prolixe que sur ses propres disques. Ensuite Teddy BUNN prend place dans l’Orchestre de Jack McVEA qui l’emmènera jouer à Honolulu. Dans la réédition Blue Moon : "Jack McVEA - The Complete, vol.4 : 1947-52" (BMCD 6034), on trouve effectivement Teddy BUNN (gtr.) (ainsi d’ailleurs que Gene Phillips, qui a gravé avec McVea de très belles pièces). Il dut certainement, en concerts, y faire sensation. Notre guitariste est mentionné avoir été toujours bien actif sur la Côte Ouest, au cours des années 50. En 1959, il est censé avoir fait un court passage dans l’ orchestre de Louis JORDAN, avant d’être frappé par une maladie qui l’empêchera de poursuivre ses activités musicales. Ce merveilleux guitariste qui sut trouver une touche très personnelle à ses solos (bends successifs en "mitraillages", harmoniques développées) est décédé le 20 juillet 1978, à Lancaster (Californie), pratiquement dans l’anonymat, sauf pour quelques proches. Il est néanmoins certain qu’il exerça une influence sur la Côte Ouest à la fin des années 40
*Phil Dubois (article remanié en mars 2007, pour le site "La guitare fingerstyle", à partir des éléments puisés dans mon ouvrage : Jump-Blues Guitar Killers").
http://www.guitareclassique.net/spip.php?article301
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